Historique

ASSOCIATION DES AMIS DU CASSET

(ex Association de Défense du Casset, déclarée au JO du 12/02/1978)

Siège social: rue des Petites soeurs, le Casset, 05220, Le Monêtier-les-Bain

I/ Création de l’Association : la bataille autour du POS de 1977.

En 1976, le Casset reste un des derniers villages intacts de la vallée de la Guisane. Situé en dérivation de la route nationale; à 2km 500 du village de Monêtier les Bains et à 15Km du col du Lautaret, le village a été préservé de l’urbanisation qui a détruit les hameaux autour de la station de ski de Serre Chevalier. Plusieurs maisons ont été abandonnées et certaines tombent en ruine mais d’autres ont été rachetées et remises en état et déjà plusieurs habitants, qu’ils soient « permanents » ou « temporaires », soulignent les différents problèmes liés au développement du tourisme: les dégradations et pollutions causées par le camping sauvage, la circulation automobile qui devient insupportable en Juillet-Août. On parle de la préparation d’un POS (Plan d’occupation des sols) de la commune de Monêtier-les-Bains (dont dépend le village du Casset).

Organisé par M de Lacheisserie, une réunion publique se tient le 7 Août 1976 dans les locaux de l’Ecole du Casset . La réunion est présidée par Mme Chantriaux et une quarantaine de familles du village sont représentées. Le projet de créer une Association régie par la loi de 1901 est envisagé mais ne sera pas poursuivi, les habitants permanents ne voulant pas s’engager.

En Mai 1977 les rumeurs se font de plus en plus persistantes sur le projet d’une zone de construction sous forme de lotissement ou de ZAC (Zone d’aménagement concerté) sur le Casset et j’écris personnellement au Service de l’Aménagement Foncier et Rural de la Direction Départementale de l’Agriculture pour lui demander de « conserver le caractère agricole et naturel de cette partie de la commune, déjà soumise pendant les périodes d’été aux agressions du camping sauvage, qui se développe sans aucun contrôle en détériorant les espaces herbeux ». Il m’est répondu que « le projet de POS » de Monêtier les Bains va être réexaminé une nouvelle fois à la suite de changements dans le Conseil Municipal, qu’il ne manquera pas de faire part de cette information au Groupe de Travail du POS et que nous aurons toute latitude pour présenter d’éventuelles observations lors de l’enquête publique qui sera faite auprès de la population »

Le projet du POS de Monêtier les Bains, terminé fin Août, est soumis à l’enquête publique du 14 Décembre 1977 au 12 Janvier 1978.

Il est intéressant de noter les chiffres du rapport de présentation. Il indiquent que la superficie totale de la commune est de 12.899 hectares se répartissant en 566 hectares d’eaux et forêts (4%), 1895 hectares de propriétés privées (15%) et 10.438 hectares de propriétés communales (81%). La population totale est en 1975 de 832 habitants dont 40 au Casset.

Nous avons soigneusement examiné les plans du projet concernant le village du Casset..

Outre la création d’une zone réservée au camping dans la Casse (zone UT) et le classement et l’extension d’une zone réservée aux habitats individuels et petits collectifs (zone Uba) sur le Pré Poncet (où existaient déjà quelques chalets), le projet prévoit, comme nous le craignions, une zone Nab (zone réservée pour une urbanisation future) située en arrière du village sur plus de 2 hectares avec un COS de 0,7 !!

Les normes prévues (6m à l’aplomb du toit, 14 m au faîtage) permettraient de réaliser 3 niveaux par maison plus un étage mansardé permettant de loger environ 315 Habitants par hectare de terrain ! Il s’agirait là d’une transformation radicale du Casset qui défigurerait l’ensemble actuel formé par le village dans son isolement, avec son habitat groupé et aurait pour effet de juxtaposer à l’ancien village un habitat d’un esprit entièrement différent. De plus ce projet dénaturerait le site privilégié de la Casse, avec son folklore, son labyrinthe de rochers, ses mélèzes, sa flore et sa faune, actuellement à la fois séparé du village et uni à lui par les clapiers et les champs. Il est bien évident que cette urbanisation détruirait à jamais un site miraculeusement intact, et l’on voit mal comment elle profiterait aux rares habitants permanents du village.

Ce projet soulève au moment de l’enquête un véritable tollé, et une pétition essentiellement menée par des habitants temporaires (mais issus du village) a immédiatement circulé dans le village contre ce projet d’urbanisation ainsi que contre la création de zones de camping très étendues dans des terres restées agricoles. Il faut souligner en effet que le Casset reste encore dans une petite mesure une zone agricole; deux ou trois familles font de l’élevage et certaines terres sont louées et/ou utilisées par les habitants du Monêtier.

En quelques jours cette pétition a été signée par 62 personnes et comportait presque autant de signatures de résidents permanents de la commune (28) que de résidents temporaires (34). Elle a été portée sur le registre d’enquête ainsi de nombreuses autres annotations, en majorité défavorables au projet.

Sitôt l’enquête close, il est alors apparu nécessaire à certains d’entre nous de concrétiser notre opposition et de la rendre efficace en créant immédiatement une association.

L’exemple de Cervières, préservé d’une gigantesque station de ski (15.000lits!) avec l’aide d’une Association présidée par André Gatineau (avec lequel nous avons pris contact) nous a encouragés à poursuivre notre action.

Nous avons alors été un petit groupe à nous réunir, rédiger les statuts et préciser les objectifs de notre démarche : maintenir l’équilibre des activités du Casset, l’intégrité de son site et l’harmonie de son village. L’Association a été intitulée : Association pour la Défense du Casset et déclarée au Journal Officiel du 12 Février 1978. Le bureau était constitué de M.Joseph Gonnet, Président, Mlle Françoise Sauvaire, Vice-Présidente, M. Mario Atzinger, Secrétaire Général, Mlle Madeleine Gonnet, secrétaire adjointe et Mme Catherine Figarella, trésorière. Nous avons écrit à tous ceux qui avaient manifesté leur intérêt pour la sauvegarde du Casset (dont ceux qui s’étaient interrogés deux ans auparavant sur le bien-fondé d’une association) en leur proposant d’adhérer sans plus tarder à notre Association et avons averti de sa création le maire de Monêtier-les-Bains (M. Henri Buisson) ainsi que tous les conseillers municipaux de la Commune. Fin février il a été décidé (outre la création d’un compte chèque postal au nom de l’Association !) d’entreprendre sans tarder des actions auprès de la Préfecture et de la municipalité et nous avons commencé par demander à la Préfecture de Gap la copie du rapport du Commissaire enquêteur (M. Adrien Orcières) sur le POS de Monêtier-les-Bains. Ce rapport nous est parvenu le 2 Mars.

Après avoir énoncé les opinions des uns et des autres telles qu’elles avaient été consignées sur le registre d’enquête, le commissaire donne son avis détaillé dont les passages directement liés à notre cause ont été communiqués par lettre à nos premiers adhérents : cf page 9 du rapport :

..Les zones Nab des Guibertes et du Casset ont soulevé, elles, un tollé général que ce soit par leur étendue ou leur emplacement. Les agriculteurs estiment qu’ils vont y perdre leurs meilleures terres de culture, ce qui n’est pas entièrement faux ; et les résidents non-permanents que ces zones vont drainer une population trop dense. Enfin les deux sont d’accord pour dire que ces zones, une fois construites, modifieront de fond en comble les caractères très typiques de ces hameaux et qui en sont le charme et l’attrait, mais, qu’en plus, cette affluence de population dégradera, à plus ou moins longue échéance, le site naturel qui représente encore, à l’heure actuelle, une valeur touristique de premier rang. Peut-être n’est il pas inutile de s’attarder un peu sur le fond du problème dont l’importance ne peut, ou ne doit, échapper à personne.

Une opinion exprimée tant dans les entretiens que j’ai pu avoir que dans certaines observations ont retenu mon attention. Cette opinion considère qu’il y a erreur à vouloir faire de Monêtier-les-Bains une grande station de sports d’hiver. Elle se fonde, pour cela, sur le fait que bon nombre de skieurs, logeant au chef-lieu et dans les hameaux vont pratiquer leur sport favori, non sur les pistes de la commune, mais sur les champs de neige de Serre-Chevalier ou de La Salle-les-Alpes. Et les intéressés ajoutent qu’aucune comparaison valable ne peut raisonnablement être faite avec la topographie des lieux et la qualité de l’enneigement de ces communes et sont convaincus de l’irréversibilité de ce mouvement. Je me refuse à prendre partie sur ce point de vue. Je dois reconnaître cependant, qu’il rejoint l’opinion qui circulait, voici plusieurs décennies, lorsqu’il avait été question d’un regroupement des trois communes de la vallée en vue de la création d’une grande station…

Et page 11 : La deuxième remarque que je fais, c’est que la vue d’ensemble du projet postule une population très importante, je dirai hors de proportion avec celle qui est destinée à la recevoir, à l’accueillir. Cette dernière risque de se trouver noyée, débordée, et de, finalement, disparaître par absorption de la masse. Mais, avec sa disparition, s’en iront aussi peu à peu l’ambiance, les traditions et l’esprit collectif qui animaient nos vieux villages et s’installera, à la place, l’anonymat et l’indifférence d’une population d’abord beaucoup plus préoccupée, dans l’ensemble, par d’autres motifs que celui de maintenir ou de développer des postulats communautaires. Je crois sincèrement que le projet actuel est trop grand et dépasse les possibilités d’accueil actuelles. D’autant qu’après tout, il reste toujours la possibilité de voir plus grand si la nécessité s’en fait sentir. D’autre part, l’application d’un document trop grand est susceptible de présenter certaines difficultés.

Ce qui est dit ci-dessus pour l’ensemble du projet est plus vrai encore, me semble-t-il, pour les hameaux des Guibertes et du Casset où la création de zones Nab importantes va accroître la densité de population dans des proportions considérables, mais où l’emplacement de ces zones, outre, il faut bien le reconnaître, la suppression d’une surface non négligeable de terres de culture, va mettre face à face deux agglomérations de style et d’aménagement très différents, et on peut, avec justesse, se demander si ce ne sont pas les villages anciens, dont pourtant tout le monde réclame la sauvegarde, chante les attraits et les charmes, qui vont faire les frais d’une telle juxtaposition. En tout cas, je crois qu’il serait bon, et encore une fois judicieux, de réexaminer ces zones, leur localisation et leur importance. Enfin je suis profondément convaincu que les régions de montagne ne tolèrent pas les grands immeubles, immenses cubes de béton, très élevé, dont l’aspect extérieur n’arrive jamais à conclure un mariage heureux avec le site qui les environne Je n’y peux rien si j’aime nos constructions montagnardes, basses, trapues, fortement ancrées dans le sol et je crois que dans ce domaine, un effort devrait être fait en vue d’une intégration plus heureuse à la nature…….

Mais en conclusion :

Que l’on veuille bien me pardonner les quelques avis ou suggestions critiques que j’ai exprimés au cours de ce rapport. Ils ne sont que le reflet de ma conviction la plus profonde. Aussi bien, je me permets d’espérer qu’ils seront l’occasion de reprendre certains points du projet dans le but de l’améliorer afin d’en faciliter la mise en œuvre après son approbation. Il ne fait aucun doute pour moi, et malgré les avis ci-dessus, que ce projet compte bon nombre de bonnes dispositions. C’est pourquoi d’ailleurs, je donne avis favorable à son approbation.

Il nous est apparu alors bien certain que les autorités ne relèveraient que la dernière phrase qui parait en contradiction formelle avec tout ce qui précède et dénote ainsi le caractère « faussé » de l’enquête et semble-t-il le manque de liberté du commissaire enquêteur. Nous avons donc continué notre action auprès de la Préfecture de Gap, de la Direction de l’équipement, de l’Agriculture, de la municipalité et nous nous sommes adressés carrément au Président de la République (Valéry Giscard d’Estaing) en lui rappelant sa récente visite à Vallouise (23 Août1977) et ses propos sur la sauvegarde de la montagne ! Et c’est ainsi que nous avons reçu, datée du 5 Juin, de la Préfecture des Hautes Alpes, et signée par le Préfet lui-même, M.Hubert Blanc la lettre suivante :

« Monsieur le Président de la République m’a transmis votre requête par laquelle vous sollicitez la modification de Plan d’Occupation des Sols de la commune de Monêtier-les-Bains.

J’ai l’honneur de vous faire connaître que lors de ses réunions des 30 Mars* et 20 Avril 1978, le Groupe de Travail, chargé de l’établissement du Plan d’Occupation des Sols, a envisagé, en ce qui concerne le Casset, les modifications suivantes :

  • suppression de la zone Nab
  • suppression de la zone UT de la Casse
  • suppression de la zone Uba du Pré-Poncet

Cependant, compte tenu de l’importance des changements qui sont également apportés dans d’autres secteurs, une deuxième enquête publique sera effectuée à ce sujet.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président l’assurance de ma considération distinguée.

Le Préfet, Hubert Blanc

(* Amusant de noter que nous avions reçu une lettre de la Direction départementale de l’Equipement datée du 30 mars nous informant que nos lettres avaient été transmises au Groupe de travail , « qui ne s’est pas encore réuni à ce jour » (sic). (Nos recherches nous avaient d’ailleurs appris que les Services de l’Equipement paraissaient être les principaux investigateurs et défenseurs du projet.)

Et le 18 Juillet , le Préfet prend un arrêté « prescrivant une deuxième enquête publique sur le Plan d’Occupation des Sols de Monêtier-les –Bains. L’enquête sera ouverte pendant 31 jours consécutifs du 16 Août 1978 au 15 Septembre 1978 ».

Ce nouveau POS que nous avons examiné avec soin comportait bien les principales modifications que nous avions demandées dont la création de zones agricoles aux abords du Casset, indispensables selon nous au maintien de la vie rurale du hameau.

Le rapport du même enquêteur que précédemment (M.Adrien Orcière) a été beaucoup plus succinct que lors de la première enquête comme indiqué dans son texte : « A la réflexion, il ne m’a pas paru utile de reprendre un à un les problèmes exposés, mais je veux en retenir le sentiment profond de véritable attachement, qu’expriment la plupart des intervenants , à l’environnement, au cadre et au genre de vie qui donnent à Monêtier –les-Bains et à ses hameaux un attrait, un agrément et une ambiance particuliers. Je suis et reste convaincu qu’il serait regrettable que les dispositions du P.O.S entraînent la dégradation, ou la disparition de ces valeurs.

……

Et je terminerai en indiquant qu’à mon sens, après cette deuxième enquête, au cours de laquelle j’ai été le témoin de discussions vives, et même passionnées, le P.O.S de Monêtier les Bains et de ses hameaux est un document de départ pour lequel l’avenir dira quelles sont les mises au point nécessaires. Et c’est pourquoi, j’émets un avis favorable à l’approbation du Plan d’Occupation des Sols de la commune de Monêtier-les-Bains.

(Fait à GAP, le 22 Septembre 1978)

Mais le combat n’était pas fini ! La suite au prochain numéro !